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| La poésie d'Anne-Lise BLANCHARD - Tableau du peu - aux Éditions Ad Solem | |||
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| Un chemin de dépouillement vers la beauté, "entre poésie, philosophie et mystique" (J-C Coiffard). | |||
| TABLEAU DU PEU - Anne-Lise BLANCHARD En sept tableaux d'où sourd en permanence une ferveur à la fois vrillante et veillante, Anne-Lise Blanchard étaie, tout en vibration, sa tentative de traverser l'ineffable en transperçant les frontières du langage. La tentative est vaine puisqu'on ne peut épuiser son mystère. Elle le sait: l'essentiel sera donc le chemin. Ce chemin sera dépouillement de la parole (le poème, lié à la dépossession). Pour cela, la poète fait appel à la nécessaire ascèse des mots, seule manière de leur faire dire ce qui les dépasse. Et en même temps, cette économie d'effets, cette absence de tout artifice de langage, autant qu'à l'ascétisme, confine au mystère. Ce mystère qu'Anne-Lise Blanchard aura, l'ultime page écrite, réconcilié avec l'évidence. Il s'agit donc d'accepter l'incoercible désir / du plus grand ciel à l'intérieur de soi alors que demeure en parallèle la quête obstinée de l'instant. La poète pose ici les jalons mystiques et épurés de son intériorité. Et le livre descend sous la surface du visible et du tangible. Grignoter le visible dit-elle, jusqu'à parvenir en ces lieux où l'intime prend la dimension d'un paysage. La poésie, nous souffle Anne-Lise Blanchard, c'est l'autre côté de la langue, le moyen de trouver cette vérité de parole qui, pour Yves Bonnefoy, peut seule assurer notre présence au monde. Sa fonction est de tenter, sinon d'abolir, du moins de réduire la distance entre exil et présence. Elle peut ( doit ?) être médiatrice entre deux mondes distincts : celui de l'appel des origines (à les délivrer de l'enclos où la réalité les confine) et celui du côtoiement de l'inconnaissable (ce qui n'a aucune chance d'être connu, et qui de ce fait peut nous donner accès aux portes du mystère : le « non-savoir sachant» de Jean de la Croix). Dans sa quête, la poète n'oublie pas cette monture de toute lueur inhabituelle qu'est la beauté, qui clarifie l'œil, qui est résistance, réponse à l'inquiétude essentielle. Sachant qu'elle ne naîtra que s'il y a béance du poème. Et justement, c'est de béances que l'écriture d'Anne-Lise Blanchard est traversée. Et aussi de silences. Le silence, chez elle, a vocation d'unité : il est le lieu où toutes choses de l'univers se réfléchissent au sein de l'unité retrouvée. J'écoute je lis le silence, écrit-elle, ce silence, langue du dernier recours, intuition d'une présence dans l'obscur. Que nous dit, au fond, Anne-Lise Blanchard? N'oublions pas de demeurer poreux au monde saisissable (la mésange, le chat, le café, la lavande ... l'être aimé). N'ayons pas peur d'entrer dans le monde du sacré, espace intime fait de seuils et de franchissements, où le poème peut nous donner accès, en tant que tension de l'arc de parole, vers une résonance oubliée, à mi-chemin entre perte et surgissement. Et cultivons à la fois le temps qui passe et le temps qui dure, le temps perdu qui mesure un écart et le temps retrouvé dont les avatars refondent l'éternelle communauté des sensations. Qu'est la poésie d'Anne-Lise Blanchard ? Un territoire nu et fécond, fécond parce que nu, dépouillé, à la fois ouvert et livré à lui-même. Un style totalement personnel, épure resserrant le langage autour de ]'essentiel, langue dénudant les occurrences pour en affûter les ouvertures et les au-delà, style qui, à force de capillarité, parvient à faire accéder le lecteur à l'essence particulière de l'instant. Disponibilité à ce qui survient, capture des interférences, et ce peu (un geste, une trace, un souvenir) dont la poète fait aussitôt présence. En ce livre qui coud les unes aux autres poésie, philosophie et mystique, le tableau du peu prend forme à l'aide du même pinceau avec lequel la poète tourne autour de l'indicible, Anne-Lise Blanchard fait ainsi exploser des instants qui, par le fait même, deviendront ce qu'on n'oublie pas : des sensations. Elle aura eu besoin de peu pour atteindre au plus juste de la poésie. Ad Solem, 2025. 88 pages |
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